Image à la une : Le lieutenant Justinard à Alger en 1910 (Photo collection Pierre Justinard, illustrant la couverture du livre Léopold Justinard, Quarante ans d’études berbères. Textes présentés et choisis par Rachid Agrour).
Léopold Justinard, né à Nogent-sur-Seine en 1878 a été un des plus grands spécialistes de la langue et de la culture tachelhit. Le tachelhit est un des idiomes berbères, dont la zone d’expansion est le sud-ouest du Maroc : Bani, Anti-Atlas, plaine du Sous et Haut-Atlas occidental. Chleuh est le terme utilisé au Maroc par les arabophones pour désigner toutes les populations berbérophones à l’exception du groupe rifain.
Sorti de l’école d’officiers de Saint-Cyr en 1899, Justinard, après une affectation dans les Ardennes, entame sa carrière militaire en Algérie dans la région de Constantine au 3ème Régiment de Tirailleurs algériens. Entre 1902 et 1911, à Bougie (Bejaïa) et Collo (El Qoll), il cherche à comprendre ses soldats, et à connaître la civilisation musulmane. Il apprend l’arabe et en deux ans il maîtrise l’arabe littéraire et le dialecte algérien … et donnera même des cours d’arabe aux sous-officiers français de Constantine. C’est un lettré kabyle officiant à la mosquée Sidi Soufi de Bougie qui a enseigné l’arabe à Justinard.
Il fait ses premières armes au Maroc en 1908, à Oujda où il rencontre le général Lyautey pour la première fois. Le lieutenant Justinard avait pris part avec son régiment et, sous les ordres de Lyautey, aux opérations de 1907 et 1908, dans le Sud-Oranais … qui avaient un peu débordé sur Oujda ! En 1911 le lieutenant Justinard abandonne définitivement l’Algérie et demande à être détaché à la Mission militaire française qui, au Maroc, est chargée d’instruire et d’organiser l’armée chérifienne.
La lutte entre les deux frères, Moulay Abdelaziz et Moulay Hafid s’étant terminée, en 1908, par la défaite du souverain légitime, le nouveau Sultan Moulay Hafid s’installe à Fès avec pour grand vizir, le Glaoui Si el Madani, qui l’avait aidé à monter sur le trône. Il fallait une armée ; la création de celle-ci étant prévue par l’Acte d’Algésiras, le Sultan charge le commandant Émile Mangin, chef de la Mission militaire française, de son organisation.
Le lieutenant Justinard rejoint comme instructeur, le 19 mars 1911, la Mission au camp du Tselfat, dans la vallée du Sebou où la méhalla chérifienne s’est installée, pour de longues semaines, sur le territoire de la tribu guich des Cherarda rebellée contre le Maghzen.
Justinard dans « Souvenirs d’un officier de la Mission militaire française au Maroc (1911-1912) » (publiés en 1949 dans les Cahiers Charles de Foucauld) écrit : « Le séjour au camp du Tselfat, sous une pluie incessante, qui faisait peu à peu s’enfoncer dans la boue, (Maurice Le Glay dans « Chronique marocaine » qualifie ce camp de « camp de la boue » ) eût très vite manqué d’intérêt si tout n’eût été nouveau pour moi du Maroc et de ses soldats ».
« L’armée chérifienne comprenait six tabors d’infanterie, trois tabors de cavalerie et deux sections d’artillerie de montagne. Chaque tabor avait un encadrement indigène complet avec un instructeur français pour chef réel. Presque tous les chefs indigènes des tabors étaient de vieux soldats des méhallas dont le contact était pittoresque et plein de profit pour un novice. Longs moments passés à boire du thé sous la tente de l’un ou de l’autre d’entre eux, tandis que la pluie martelait la toile : Baghdadi, Bou Aouda, Najem, Bel Bachir, Boujmaa, tous morts maintenant, je cite au hasard les principaux noms ; le jeune Bouchaïb, aujourd’hui caïd des Haouara ».
« Je campais non loin de la beniga de l’allaf, c’est à dire le cabinet du ministre de la guerre (Si Mohammed el Madani, fils du Glaoui) dont les membres m’ont accueilli gentiment, enseigné bien des coutumes que j’ignorais, et certainement évité bien des gaffes. Il y avait entre autres Si Larbi Jerrari, devenu pacha de Mazagan (El-Jadida) et Si Mhammed Gharnit, vieillard plein de finesse. Grâce à ces contacts, ce mois sous la pluie ne fut pas du temps perdu pour mon initiation marocaine ».
La méhalla chérifienne est de retour à Fès le 26 avril 1911, le lieutenant Justinard rejoint le camp sous tentes des troupes situé sur les collines qui dominent Bab Segma et les murs du Palais. Le Sultan Moulay Hafid est toujours aux prises avec les tribus du voisinage, berbères d’abord, mais aussi avec quelques tribus dites makhzen. La situation est décrite comme sérieuse, le blocus de Fès est complet. Le sultan demande alors au gouvernement français de former une harka qui marcherait au secours de Fès. La ville est finalement délivrée le 21 mai 1911 par le général Moinier dont les troupes campent près de la casbah de Dar-Dbibagh.
Voir 1911 : l’installation des Français dans la région de Fès

Camp de la méhalla chérifienne à Fès au pied du Zalagh. Photo anonyme de 1911
« L’arrivée de la colonne Moinier à Fès avait délivré la ville et le sultan de la menace berbère. Mais son séjour était provisoire. Elle devait, dès que ce serait possible, regagner la côte en laissant le soin de la sécurité aux troupes chérifiennes dont on allait poursuivre et intensifier l’organisation. Dans cette organisation j’eus le commandement d’un tabor d’infanterie avec mission d’occuper le front sud-est de la ville de Bab Sidi Boujida à Bab Jdid ».
Justinard a en charge la partie de la « Rive des Andalous » définie par le pont de Bein Lmdoun et les portes de Sidi Boujida et Bab Ftouh, et, à l’extérieur, par les cimetières sur la colline et dans les oliviers, jusqu’à la Msalla du Sultan et le Borj Sud. Il cherche une habitation dans le quartier.
« J’habitais donc un charmant riad, sur la Rive des Andalous dans une petite rue sombre qui monte en tournoyant du pont de Bein Lmdoun, vers le très vieux Hammam de Keddan et la Mzara de Moulay Idriss. C’est le plus vieux quartier de Fès non loin de la mosquée des Andalous au beau portail. Au sortir d’un long passage voûté, on trouvait d’abord la porte de l’écurie. Un peu plus loin dans la rue, et un peu plus haut était la porte du riad : on était émerveillé, au sortir de cette obscurité, de tomber dans un clair jardin où les fleurs poussaient sous les arbres dans un beau désordre. La « maison » se composait d’un ordonnance algérien, Allouache, majordome ; d’un jeune chleuh, Lhaoussin, d’un autre chleuh de renfort, Aomar el Ouriki, de la vieille Thamo, cuisinière et un peu sorcière ; il y avait aussi un nègre, Embarek, préposé aux chevaux. Nous fûmes très vite adoptés par les gens du quartier, avec lesquels nous voisinions, et qui nous voyaient passer à toute heure de la journée, moi monté sur un cheval gris, Embarek sur un cheval noir, avec, en éclaireur, un chien noir et blanc. On ne se déplaçait guère autrement qu’à cheval, à travers la médina, qui n’est que montées et descentes. Bien des années après que j’eus quitté Fès, des gens du quartier qui, eux, n’avaient pas bougé, me rappelaient ces cavalcades ».
« Un jour, le sol de l’écurie étant venu de s’affaisser de quelques mètres, les chevaux se trouvèrent sans dommage à l’étage au-dessous. Je ne manque jamais, quand je vais à Fès d’aller revoir mon quartier. Le riad est maintenant la demeure d’un notable fassi, de la famille Tazi, membre, lors de mon dernier voyage du Medjless el Baladi (conseil municipal). J’ai demandé une fois la permission de visiter le jardin, où j’ai des souvenirs. On m’a reçu gentiment. Il me fut même rappelé ce détail de l’effondrement des chevaux … tout ceci pour indiquer nos bons rapports avec les gens du quartier dont la maison était souvent pleine, ainsi que de soldats ».
« Dans ce même quartier des Andalous, habitaient mes amis Biarnay et Tranchant de Lunel : Biarnay, apte à tout, qui avait installé les Télégraphes chérifiens, qui dirigea plus tard les Habous, qui était aussi l’un des rares spécialistes du berbère en ce temps-là. Sont-ils plus nombreux aujourd’hui ? Certainement pas plus ardents. Il avait appris le berbère du Rif, de beaucoup le plus difficile. C’est lui qui contribua à me faire aimer le chleuh, me disant que j’étais impardonnable de ne pas l’apprendre ayant dans mon tabor tant de professeurs bénévoles. Acquisition de ce temps-là qui a joué un rôle important dans ma vie. Tranchant de Lunel, plus tard directeur des Beaux-Arts, sous Lyautey, dont la maison était pleine de vieux tapis et de boiseries anciennes que nous allions acheter ensemble dans la Qaiseriya. On se meublait de tout ce qu’il faut pour recevoir convenablement à la mode fassie ».
« Je voyais souvent mes amis du cabinet du ministre. Ce n’était plus sous la tente comme pendant la colonne des Cherarda, mais dans leurs agréables maisons de la médina. Il y avait un chérif, Moulay Ali Ktiri, dont la maison accueillante réunissait tous les vendredis quelques amis. J’y trouvais Si Mhammed Gharnit, de la famille de l’ancien grand vizir, Si Feddoul Gharnit et Si Driss Mokri. Si Mhammed était devenu un ami, si bien que, partant moi-même en colonne vers Sefrou, au début de janvier il m’avait demandé de s’installer dans mon riad avec sa famille pendant mon absence. Ce que je lui avais accordé avec joie. Ceci est un indice des rapports qu’on pouvait avoir en ce début de 1912 avec des gens de Fès ».
Justinard effectue cette colonne avec une fièvre importante diagnostiquée au retour par le Dr Cristiani, médecin-chef de la Mission militaire à l’infirmerie de la casbah des Cherarda, comme fièvre typhoïde. Il refuse l’hospitalisation et préfère rester dans son riad. Le Dr Cristiani vient le voir tous les jours et grâce à la présence et au dévouement de Allouache, son ordonnance constantinois, du jeune chleuh Lhaoussin et de la fidèle cuisinière Thamo il passe sa convalescence dans son riad où les voisins nombreux viennent le voir, « les jeunes par la terrasse, les vieux par la porte. C’est vraiment pendant ce temps-là que je suis devenu un-du-quartier, ce à quoi je dois peut-être la vie, car j’ai traversé ce quartier le 17 avril, à cheval vers une heure de l’après-midi, alors que la ville était déjà en émeute ».
Le lieutenant Justinard, bientôt capitaine en mars 1912, est instructeur du Tabor 5, caserné à la Kechla de Tamdert, près de Bab Ftouh. Ce tabor est composé en majorité de tachelhitophones des Aït Ba Amran et des contreforts du Haut-Atlas dans l’arrière-pays de Marrakech. Le Chef marocain (caïd Raha) de ce tabor est Ali ou Belaïd Ba Amrani, vieux soldat plein de bon sens, connaissant à fond la guerre marocaine qu’il faisait depuis son enfance. « Son influence sur les soldats et l’exemple de l’amitié qu’il nous montra, devaient jouer un rôle important dans les journées tragiques d’avril ».
Le tabor, encadré par des gradés marocains, avait aussi un encadrement d’instructeurs français, composé de 5 ou 6 officiers et sous-officiers de la Mission. Les commandements se faisaient en arabe dont la connaissance sérieuse était rigoureusement exigée des instructeurs. Le Tabor 5 avait un effectif de 650 hommes environ, dont beaucoup ne parlent pas arabe ou le parlent mal.

Vue aérienne du sud-est de la médina de Fès, avec au premier plan la Kechla de Tamdert
Justinard cite une note d’octobre 1911 qui définit le rôle des instructeurs.
Note au Tabor d’Infanterie n°5
La présente note a pour but de rappeler aux instructeurs quel est leur rôle.
Il s’agit d’organiser un Tabor d’infanterie de l’armée chérifienne soit : recruter des hommes, les habiller, les armer, les payer, les nourrir, les loger et les instruire. Le recrutement est surtout l’affaire des gradés marocains. Mais il faut profiter de toute occasion pour leur montrer l’importance qu’on y attache. Nos soldats sont des Marocains. Il ne faut pas oublier qu’hier encore, pour eux, le Français, le « Nasrani » (le chrétien), c’était l’ennemi. Il ne s’agit donc pas seulement de les commander, mais de les amener à nous, de les gagner, de les séduire. Pour cela, il faut d’abord les connaître et être connus d’eux. Donc vivre le plus possible avec eux. Connaître parfaitement leur langue. Montrer un entrain et une bonne humeur et une supériorité de tous les instants, dans tous les détails.
Il faut absolument éviter de les brutaliser.
Les gradés ne valent pas encore grand-chose. C’est entendu mais ils sont utiles. Ils ont amené presque tous leurs hommes. Ils en amènent encore. Ils peuvent leur donner bon ou mauvais esprit. Il faut donc ménager les gradés, les reprendre avec fermeté, avec patience, et toujours sans brutalité. Le caïd Raha est un homme d’âge et de grand bon sens. Il faut lui montrer de la déférence. Il a beaucoup d’autorité dans le Tabor et il faut montrer à toute occasion qu’on marche entièrement avec lui.
Il est indispensable qu’il y ait entente complète entre tous les instructeurs français. Vis-à-vis des Marocains, la moindre trace de désaccord serait désastreuse. Devant eux, on ne discute pas, on exécute. Comme cela, l’image de notre discipline française entrera dans leurs yeux et dans leur tête. Ce sera pour eux un exemple permanent.
Je répète qu’il faut séduire les Marocains, à la française. Celui qui y arrivera, quel que soit son grade, sera un bon ouvrier de la France au Maroc. Le résultat est assez élevé pour que chaque instructeur y mette toute son intelligence et toute sa bonne volonté, ne cherche pas à ménager sa peine ou à se borner à un travail déterminé, mais se dise qu’ici il faut, en tout, payer de sa personne et mettre la main à tout ».
Justinard applique à la lettre les directives de la note aux instructeurs : il est très proche de ses soldats, les reçoit dans sa maison du quartier du Keddan, partage avec eux des repas à la Kechla de Tamdert, ou le soir, en colonne sous les guitounes, le thé à la menthe, au son du guembri (sorte de petite guitare). Pendant les colonnes, ses soldats sont ses professeurs de chleuh, dialecte berbère encore peu connu des Français à leur arrivée au Maroc ; il note dans un carnet le vocabulaire mais aussi, assez rapidement, les petits contes dictés par ses soldats. Il consigne aussi dans ces carnets tout ce qu’il doit savoir d’eux « voyant les hommes un par un, cherchant à les connaître, eux, leur pays et leurs antécédents », jugeant plus importantes ses notes personnelles que les documents officiels des compagnies.
La proximité de Justinard avec les hommes de son tabor, leur amitié même, sont telles que, lorsqu’en avril 1912 les troupes marocaines se révoltent et massacrent leurs instructeurs français, son tabor reste fidèle ; ce n’est qu’après avoir accompagné leur chef jusqu’en vue du camp de Dhar Mahrès où se trouvent les unités françaises et l’avoir mis en sécurité avec ses instructeurs qu’une partie du Tabor 5 rejoint les émeutiers.
« La fidélité des soldats de Tamdert nous a sauvé la vie, à mes instructeurs et à moi, ainsi qu’au capitaine Normand et à ses instructeurs. Un des petits gradés de mon tabor, un Chleuh, devenu un grand personnage, a même fait suivre son nom, sur le Bottin mondain du Maroc de cette mention qui, peut-être n’a pas été inutile à son démarrage : « A sauvé la vie au capitaine J. lors de la révolte de Fès ». Il sont trois cents qui pourraient en dire autant et auxquels pour cette raison, je serai toujours affectueusement reconnaissant ».

Événements de Fès 17-19 avril 1912. Troupes campées dans le méchouar, pour la défense de la Makina (l’arsenal).
(Je reviendrai dans un autre article, inch’allah, sur les émeutes de Fès du 17-19 avril 1912 et sur les réflexions du capitaine Justinard sur les causes possibles de l’émeute et de la révolte des tabors de l’armée chérifienne).
Le Tabor 5 s’est plus ou moins disloqué après le départ des instructeurs, la caserne de Tamdert a été en partie pillée mais le caïd Raha, chef marocain du Tabor, a rassemblé ce qu’il a pu dans un fondouk voisin de Bab Ftouh et dès le 20 avril il retrouve Justinard à l’Hôpital militaire Auvert où se trouve l’État-major de la Mission militaire. Si les émeutes et la révolte des tabors avaient été maitrisées, la menace berbère autour de Fès demeure.
« Je m’occupai tout de suite de reprendre contact avec mon tabor pour permettre d’en utiliser, le plus tôt possible, le plus grand nombre d’hommes et de gradés. Campé à Dar Debibagh (lieu de stationnement des troupes françaises depuis 1911), je me rendais chaque jour à la casbah des Cherarda où tous les soldats, indistinctement, étaient parqués, prendre le thé avec les miens. J’allais aussi à Tamdert où j’avais encore une compagnie ». Cette compagnie était rentrée de Sefrou où elle était détachée, quelques jours après les émeutes ; elle avait rejoint son ancien casernement et avait été désarmée.
L’État-major se méfie des soldats marocains restés fidèles (les autres s’étaient enfuis, avaient été tués ou emprisonnés) et refuse de les utiliser pour fournir des gardes, des escortes ou des postes aux portes de la médina, fermées et tenues par des tirailleurs algériens qui n’avaient pas pris part aux émeutes. Il n’est pas question non plus de les envoyer en colonnes … tous ces soldats marocains sont considérés comme des assassins, ils sont donc désarmés et parqués à la casbah des Cherarda, principal casernement des tabors chérifiens et d’où était partie la révolte.
Justinard a une opinion différente, basée sur un an de colonne avec ses soldats, sur la conduite de la majorité d’entre eux pendant les jours d’émeutes, mais il a du mal à convaincre les autorités militaires de ne prendre aucune mesure de méfiance à l’égard des soldats restés fidèles et même vis à vis des mutins revenus à l’obéissance. C’est l’arrivée à Fès du général Lyautey, nouveau Résident général qui fournit à Justinard l’occasion de faire avancer son point de vue. Lyautey visite le camp de Dar Debibagh et pour se renseigner sur la situation réelle interroge « grands et petits ».
« Je revois Lyautey sous ma tente, avec Poeymirau, au camp de Dar Debibagh. Mon ordonnance chleuh, médusé par l’irruption du général, se rappellera toute sa vie de lui avoir servi du whisky dans un verre d’eau. Une demi-heure de questions pressées sur les troupes marocaines, sur mon tabor avant l’émeute, en colonne et pendant l’émeute … L’idée fut de rassembler une colonne sous les ordres de Gouraud contre les assaillants de Fès. Le 10 juin on me demanda si je pouvais former de mon ancien tabor une compagnie de deux cents cinquante hommes pour partir avec cette colonne, le 12 juin au matin. C’était, pour moi, jouer sur le velours, remettre les soldats en action et en confiance dans un pays où ils étaient habitués à faire la guerre. J’acceptai avec joie de faire avec eux une expérience qui devait être décisive. La veille du départ Lyautey vint voir la colonne à Dar Debibagh. Ayant fait mettre sur un rang les hommes de la compagnie, il passa devant eux, en les regardant comme il savait le faire ».
L’unité marocaine reconstituée à partir de l’ancien Tabor 5 prend part à la colonne pendant un mois et revient à Fès défiler devant Lyautey pour le 14 juillet 1912. Cette expérience qui avait rencontré tant de scepticisme et peu de bienveillance a pleinement réussi : la première compagnie de Tirailleurs des Troupes Auxiliaires Marocaines (T.A.M.) était créée … même si elle prit le numéro deux.
Devant ce succès d’autres unités sont créées, ce sont les troupes auxiliaires marocaines de toutes armes et qui auront même succès aux colonnes de la fin 1912, et des années suivantes. Ces T.A.M. ont montré leur valeur sur tous les théâtres d’opération où elles furent engagées, en particulier lors des conflits mondiaux en Europe.

Unité en bivouac au cours d’une colonne.
La 2ème Compagnie auxiliaire marocaine du capitaine Justinard participe à toutes les colonnes dans la région de Fès entre juin 1912 et décembre 1913. Voilà ce qu’écrit Justinard :
« Plutôt que de recopier le « Journal de marche » de la compagnie, ce qui serait fastidieux je préfère noter au hasard de petits faits illustrant l’esprit de clan qu’il y avait dans cette troupe, esprit basé sur la connaissance des hommes et de leur langue, condition indispensable pour bien commander des troupes indigènes. C’était une joie d’être à la tête de ces soldats. Avec cette fierté qui est le fond du caractère berbère – le plus grand nombre était des Chleuhs – sentant qu’on les regardait avec suspicion, ils avaient à cœur de montrer qu’ils méritaient confiance. Toujours dans cette idée de montrer confiance, je demandai qu’on leur donnât tout de suite le fusil modèle 92, armement des troupes régulières, alors qu’ils étaient encore armés, comme les anciens tabors du 74, le « Chassepot ». Pour marquer le prix de cette faveur, il y eut une fête à la compagnie. Nous étions campés près de Fès, près d’une charmante petite source, Aïn Khemis. Le général Gouraud avait tenu à assister à la fête. Il séjourna longuement, causant familièrement avec les soldats. Et c’était un peu moins de trois mois après la révolte…
Ce fut, toute la journée, des repas, des danses et des chants, au son du guembri dans l’odeur du bois parfumé et du thé à la menthe. Image des fêtes que les soldats marocains savent se donner partout même à la guerre. Naturellement, ce jour-là, on avait invité « les dames ». Et comme les Marocains sont discrets dans leurs amours, il y avait de place en place, en dehors de l’alignement, de petites tentes dont il ne faut pas demander quel était l’usage. Mais, la nuit venue, qu’allaient devenir ces dames ?… Ces « filles du bonheur » venues du quartier Moulay Abdallah de Fès, n’allaient-elles pas causer de bagarres par leur présence au camp ? Là encore, on fit confiance. On dit seulement que, s’il y avait du désordre, on serait obligé de faire évacuer les dames. Il n’y eut pas le moindre accroc. Au matin, on vit des formes empaquetées de blanc s’en retourner sagement vers Fès, à travers la plaine ».
Pendant ces colonnes, les soldats sont ses professeurs de chleuh au point qu’un an plus tard, fin 1913, Justinard parle couramment le tachelhit. « Je leur en suis reconnaissant. Car cette connaissance a orienté une carrière qui a été si passionnante que je ne voudrais pas, bonheur et malheur, en choisir une autre ».
« Je veux dire ici comment j’ai été amené à publier, en 1914, sous le titre : Manuel de berbère marocain, dialecte chleuh, un petit livre, transcription des notes prises en apprenant moi-même cette langue avec mes tirailleurs. À la fin de 1913, j’avais obtenu un congé de six mois pour faire le tour de la Méditerranée. Ayant quitté ma compagnie … je vais passer quelques jours à Fès. Le général Gouraud y commandait dans sa résidence accueillante de Dar Tazi. Mon ami, le capitaine Georges Mellier était le premier chef de service municipaux de Fès. Pendant ces quelques jours à Fès, le général insista pour que je réunisse mes notes de chleuh en vue de servir à d’autres. On les tapa rapidement chez Mellier. Puis, le colonel Berriau, chef du service des renseignements, s’y intéressa lui aussi, clairvoyant de l’importance que devait avoir – qu’aurait dû avoir – l’étude du berbère au Maroc. Il favorisa la publication de ce petit livre qu’il voulut à la fois portatif et bon marché. On le vendit trois francs. Je fus le meilleur client de l’éditeur.

À ce manuel de berbère est annexé un précis de grammaire et un lexique et moins classique une dizaine de contes recueillis auprès de ses soldats. Selon Justinard l’étude de ces petits textes était la meilleure façon d’aborder l’apprentissage de la langue. On y lit dans l’introduction : « Les textes ont tous été dictés par les soldats chleuh de la 2ème Compagnie de Tirailleurs marocains qui, au hasard des camps et des colonnes de la région de Fès, les contaient à leur capitaine ». Suivent les noms des conteurs.
« Ce détail est loin d’être insignifiant compte-tenu des usages de l’époque, voire d’aujourd’hui où la reconnaissance des savoirs locaux et des dettes personnelles et intellectuelles n’est guère courante ». Rachid Agrour dans Léopold Justinard, missionnaire de la tachelhit 1914-1954. Quarante ans d’études berbères. Éditions Bouchene. 2007.
C’est au cours de son voyage en Méditerranée que Justinard apprend le déclenchement de la Grande Guerre ; il rejoint la France en juillet 1914 et commence la guerre dans un régiment d’infanterie loin de ses soldats marocains. Blessé en septembre, aussitôt guéri il demande à être affecté dans les unités marocaines qui sont venues combattre en France. Et c’est avec « ses » Marocains qu’il va vivre en Artois, les durs combats de l’hiver 1914-15 et de l’année 1915. Ces retrouvailles avec ses anciens étaient attristées d’abord par l’évocation des morts, mais l’optimiste reprenait vite le dessus. « On se remettait à chanter, à danser en battant des mains, à raconter des histoires. J’en ai un plein carnet datant de ce temps-là. Le carnet noir est fatigué ; bien souvent fourré à la hâte, et pour cause dans la poche ou dans la sacoche, ses feuillets s’en vont, comme sa couverture « .
« J’ai vu chez lui un touchant petit carnet de deux sous, tout maculé de boue, où il avait griffonné des chansons et des proverbes berbères sous la dictée d’un tirailleurs des Ido-ou-Baquil alors que, bloqués par les tirs de mitrailleuses allemandes, ils avaient dû se blottir tous deux dans un trou d’obus et y demeurer de longues heures » confirme un de ses amis.
Blessé de nouveau en juin 1915, Justinard à sa sortie de l’hôpital, est affecté au Maroc à la demande de Lyautey. Il rejoint le Service des Renseignements à Marrakech car il avait demandé à être envoyé chez les Chleuh. Ses compétences en arabe et en tachelhit sont à l’origine d’une mission de cinq ans (1916-1921) à Tiznit, comme agent de renseignements avec quatre télégraphistes français. Six mois après son arrivée, il est rejoint par celui qui deviendra son grand ami le caïd Tayeb Outgountaft (El Goundafi en arabe), auquel il consacre un livre en 1951 « Un grand chef berbère, le caïd Goundafi » Éditions Atlantides, Casablanca

« Cette mission qui était davantage politique que militaire devait le conduire à mieux connaître les populations de la région. Le but était de mieux contrôler et surveiller ces tribus montagnardes du sud de Tiznit et, ainsi, de prévenir ou d’anticiper leurs débordements sur la plaine. Se faisant Justinard est très vite subjugué par ce monde des Ichelhin dans lequel il s’immerge pendant de longues années ». (Rachid Agrour).
Léopold Justinard a su concilier sa passion de la langue et de la culture tachelhit avec ses fonctions d’officier de renseignements. Il s’agit pour lui de « connaître l’histoire du pays, dans le but d’y établir notre influence ». C’est donc par l’étude du passé guerrier du Souss, écrit Agrour, que le capitaine Justinard espère dans un premier temps comprendre le fonctionnement de ces tribus nomades. Dans un second temps sa mission est de préparer, « au point de vue politique », la pénétration militaire en nouant des relations avec les chefs de guerre de ces tribus. Là aussi il se doit de connaître ses adversaires et de réunir le maximum d’informations sur leur passé. Justinard qui s’attelle à sa mission, ne pouvant s’appuyer dans ses recherches que sur de trop rares documents écrits interroge et discute avec les gens du pays. Très vite un constat s’impose à lui : « On écrirait l’histoire du Souss, comme de tout le pays berbère uniquement par la chanson. Rien ne peut mieux que ces chansons, dites dans les fêtes ou les assemblées, peindre l’esprit du pays », d’où l’importance des poèmes et autres cantilènes dans son œuvre. On retrouve dans ses rapports et d’autres notes données à ses supérieurs, nombre de ces œuvres poétiques ayant trait à des faits historiques, plus ou moins récents, du Souss. Œuvres qu’il publiera, pour quelques-unes d’entre elles, des années plus tard.
Ces années vécues à Tiznit sont décisives dans la vie de Justinard ; ses randonnées solitaires dans les montagnes du Haut-Atlas sont l’occasion de rencontres avec les bergers, les gardiens de vergers, les paysans berbères, auprès desquels il collecte poèmes, vers, proverbes, chants ou légendes. C’est la période où naît la légende du Capitaine Chleuh, le Qabtan Chleuh. « Son image de Français seul au milieu des Berbères et parvenant à les subjuguer a fait de lui une véritable légende au sein de l’armée du Maroc » R. Agrour.
À cette époque son ami Maurice Tranchant de Lunel, de passage à Marrakech, lui présente le romancier Claude Farrère. Justinard leur raconte sa vie à Tiznit et sa mission chez les Berbères. De ces soirées naît le roman « Les hommes nouveaux » Éd. Flammarion (1922) dans lequel le personnage du capitaine Louis, comte de Chassagnes, imaginé par Farrère, n’est autre que le capitaine Justinard : « Chassagnes, détaché en mission dans le pays Chleuh, est résolu à séduire les Chleuh, possédait la langue chleuh. Il la possédait même au point d’en avoir écrit une grammaire ! Et, depuis trois ans qu’il n’arrêtait plus de parler chleuh, et rien que chleuh sauf quand le protocole ou la loi musulmane exigeait qu’il parlât, par exception arabe, Chassagnes, mon Dieu ! se figurait parfois avoir oublié le français… ».
Maurice Tranchant de Lunel ne sera pas oublié. dans la distribution puisqu’il inspirera à Claude Farrère, le personnage de Maurice de Tolly ! Il est également possible que le caïd Medhani, proche du capitaine de Chassagnes et propriétaire d’une forêt d’oliviers soit le caïd Goundafi, ami de Justinard … d’autant que la rencontre Farrère – Tranchant de Lunel – Justinard avait eu lieu dans la demeure à Marrakech de Si Tayeb Outgountaft (Goundafi).
Mais revenons au véritable capitaine Justinard. « Du côté des Ichelhin (chleuh) de la région de Tiznit, écrit Rachid Agrour, le souvenir de Justinard s’entretient également de légendes et de paradoxes sur le Qabtan Chleuh. Ainsi, par exemple, de la conviction partagée que c’est grâce à l’étude des manuscrits consultés dans leur mderst, collège religieux (médersa en arabe) que Justinard a acquis sa science – science religieuse – il va sans dire. Car il convient de souligner que pour ces Ichelhin, la connaissance de la langue du Coran et des principes de l’Islam paraissait plus étonnant et digne d’admiration que le fait de parler et de s’intéresser à leur langue vernaculaire« .
En 1921, son ami le caïd Goundafi est relevé de ses fonctions, dans des circonstances discutables. Justinard, en désaccord avec cette décision, ne veut plus rester dans son poste et demande alors à être remplacé ; il envisage même de démissionner de l’armée. Sa hiérarchie est assez embarrassée, ne sait pas trop où l’affecter et a toujours besoin de ses services. Lyautey propose de le nommer précepteur de celui que l’on tient alors pour le prince héritier Moulay Driss, fils aîné et représentant à Marrakech du sultan Moulay Youssef. Justinard va donc vivre, pendant trois ans, des mois assez tranquilles à Marrakech, l’éducation du prince, censé apprendre le français, lui laisse pas mal de temps libre « pour boire des tasses de thé et accumuler de nouveaux trésors relatifs aux us, mœurs et coutumes du pays » Georges Spillmann « Léopold Justinard (1878-1859) Hommes et destins » Paris 1977, Académie des Sciences d’Outre-Mer. Justinard était un adepte de la tasse de thé « admirable instrument de contact » … au moins en pays musulman !

Kasba de Tagoundaft : nid d’aigle des Goundafa. Photo Henri Terrasse dans Kasbas berbères de l’Atlas et des oasis. 1938
En 1925, Justinard quitte le prince et Marrakech et il est détaché à Rabat à l’Institut des Hautes Études pour terminer ses travaux sur la linguistique berbère ; il publie dans la Revue Hespéris et dans la Revue du Monde musulman des articles à propos de ses études effectuées pendant sa mission à Tiznit.
En 1926, il accomplit des missions de renseignement dans le Rif et en juin 1926, au retour de Targuist où Abdelkrim Khattabi venait de se rendre aux autorités françaises, l’avion qui le ramène à Rabat est victime d’une panne après le décollage et se repose brutalement. Justinard a la tête fracassée par la tourelle de mitrailleuse qui se rabat sur lui. Grièvement blessé, il subit pendant près de deux ans, de nombreuses interventions chirurgicales dans des hôpitaux parisiens mais restera définitivement défiguré. Il dira à son ami Georges Spillmann : « J’en ai assez ! je refuse de nouveaux charcutages. Gueule cassée je suis, gueule cassée je resterai ». Cette mutilation physique est telle qu’un jour où il avait engagé la conversation en berbère à Rabat avec un épicier soussi, le Soussi émerveillé d’une telle connaissance de la langue berbère lui dit : « Je n’ai connu qu’un homme qui parlait le berbère aussi bien que toi, c’était le Qabtan Chleuh », il n’avait pas reconnu Justinard.
Justinard, après sa convalescence, demande à revenir au Maroc, tout en sachant que compte tenu de son état de santé il ne pourra plus avoir de commandement dans une unité active. Il est affecté « en surnombre » à la Section sociologique de la Direction des Affaires indigènes de Rabat où il va faire profiter de son expérience exceptionnelle et de ses connaissances étendues toutes les personnalités civiles ou militaires qui s’intéressent aux choses du Maroc. En 1930, il succède à Édouard Michaux-Bellaire comme directeur de la section sociologique et achève sa carrière dans ce poste en 1937. Pendant cette période il conserve ses liens avec le Souss et continue ses enquêtes de terrain.
Le colonel Justinard prend sa retraite au Maroc, à Salé jusqu’à son retour en France en 1956 pour raisons de santé. Il décède en 1959, à Paris à l’hôpital du Val de Grâce.
Justinard a contribué à faire connaître la richesse de la littérature orale qu’il a lui-même recueillie d’abord auprès de ses soldats du Tabor 5, puis des rays itinérants, chanteurs professionnels qui parcourent le pays tachelhit, ou dans les soirées de fêtes où l’on chante l’ahouach, l’aouach étant une « séance de danses et de chants pendant lesquels, entre les danses, on peut entendre les chants de l’amarg qui est leur poésie », ces danses ayant lieu lors d’un mariage, d’une naissance, d’une fête religieuse.
Mais il n’a pas négligé l’écrit : « Il traduit non seulement des manuscrits rédigés en arabe par des Berbères ( La Rihla du marabout de Tassaft, 1940 et Fawaïd, 1953) mais aussi des œuvres écrites en langue tachelhit et transcrites en caractère arabe. Et, si sa transcription des textes berbères est parfois maladroite, il n’est pas linguiste après tout, grâce à lui cette partie de la littérature orale n’est pas tombée dans l’oubli ». Rachid Agrour.
Parmi les publications de Léopold Justinard on citera : Manuel de berbère marocain, dialecte chleuh, 1914 ; Manuel de berbère marocain, dialecte rifain, 1926 ; Les Chleuh dans la banlieue de Paris, 1928 ; Les Aït Ba Amran, villes et tribus du Maroc, 1930 ; Un grand chef berbère, le caïd Goundafi, 1951 ; Folklore des Berbères marocains, 1951 ; Fawaïd, traduit du texte arabe du XVII ème siècle, 1953.
Justinard a été un fidèle de la Revue Aguedal, créée par Henri Bosco, à laquelle il a participé dès le premier numéro. Il tiendra dans chaque numéro, une rubrique consacrée à la poésie berbère tachelhit, intitulée Propos du Chleuh, qu’il présente ainsi dans le N° 1 de mai 1936 :
On se propose de donner une page à chaque numéro de cette revue sous le titre « Propos du Chleuh ».
On n’y trouvera pas du tout, sous le masque d’un Chleuh, une critique des mœurs du temps, mais des extraits du folklore des Chleuh qui sont des Berbères du Sud-Ouest marocain.
Beaucoup seront étonnés d’apprendre qu’il y a là une réserve de spirituel, un aguedal de poésie et de sagesse. Il y aurait beaucoup à dire sur l’utilité actuelle de cet apport. Mais « où il y a beaucoup à dire, on ne dit rien ».
C’était le propos familier d’un vieux seigneur et c’était dans sa bouche, l’expression du mépris par le silence. Mais de même que la musique emmène chacun où il veut aller, chacun peut donner à ses propos du Chleuh le commentaire qui lui plaît.
La Revue Zamane a donné dans son N° 100 (Mars 2019) un article « Léopold Justinard, l’amoureux des lettres berbères » sous la signature de Nina Kozlowski.
À ceux qui veulent découvrir quelques-uns des textes de Justinard, l’historien Rachid Agrour propose dans « Léopold Justinard, missionnaire de la tachelhit, 1914-1954, Quarante ans d’études berbères » publié en 2007 aux éditions Bouchène, un choix d’une quinzaine de textes qui sont précédés d’une présentation très documentée de Léopold Justinard et de la liste de l’essentiel de ses publications.

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