Il existe une légende parfois appelée » la légende des fiancés de la noria du jardin de Bou Jeloud » que citent, Didier MADRAS et Boris MASLOW dans leur livre « Fès, capitale artistique de l’Islam » (Éditions Paul Bory, Casablanca 1948).
Au XVIII ème siècle, le Sultan Moulay Abdallah, fils de Moulay Ismaïl veut aménager en jardins, les terrains qui s’étendent entre la médina (dite Fès el Bali) et les remparts de Fès-Jdid. La partie haute des jardins ne pouvant être atteinte par les eaux de la rivière, la construction d’une noria devint nécessaire.
Une légende raconte qu’aucun maalem n’osant entreprendre un travail d’aussi grandes dimensions, les planches et les poutres de cèdre restèrent longtemps à pied d’œuvre, dans l’attente de l’habile technicien qui les utiliserait.
Un jeune Fassi, amoureux de l’une des femmes du Sultan, parvint, au prix de mille difficultés, à communiquer avec sa bien-aimée. Il la retrouvait la nuit, au milieu du jardin, à l’abri des madriers apportés de la montagne. Malgré toutes les précautions, le secret fut mal gardé. Le Sultan apprit la trahison et ordonna à un vieil eunuque de supprimer la coupable. Ayant, un soir, surpris les amants dans leur refuge, le serviteur brandit son poignard afin d’exécuter sa triste besogne. L’amoureux tenta de protéger sa maîtresse en la couvrant de son corps, mais le coup perça, en même temps, l’homme et la femme, et leur sang inonda les planches destinées à la Noria.
Le Sultan, ne pouvant plus supporter la vue des matériaux qui, sans cesse, lui rappelaient ce drame douloureux, exigea, de toute urgence, la construction. Peu de temps après, la grande roue élévatrice commençait de tourner doucement et, chose surprenante, son fonctionnement s’accompagnait d’un grincement triste que rien ne put supprimer.
Le bruit se répandit aussitôt que c’étaient les lamentations et les pleurs des amants dont le sang versé criait vengeance. Il faut croire que le crime ne fut jamais puni, puisque la noria pleure encore aujourd’hui.
Photographie à la une : La noria du jardin de Boujeloud, fin des années 1920.
La photo-ci dessous montre ce qui restait de la noria au début des années 2000 … de quoi faire pleurer les amoureux du jardin lui-même.

La rénovation de Jnan Sbil entre 2006 et 2010 sous la responsabilité de Rachid Haloui, architecte, et de Mounia Bennani, architecte-paysagiste a rendu toute sa splendeur à cet ancien jardin royal, enclos par de hautes murailles crénelées destinées à protéger des regards indiscrets ce lieu de promenade des Dames du Palais.
À chacun de mes passages à Fès, je prends le temps d’une balade au » Jardin de Boujeloud » comme l’appelait mes grands-parents et j’ai parfois la chance d’y rencontrer Hassan, le chef-jardinier-conservateur du lieu qui me renseigne sur les dernières améliorations en particulier sur le réseau hydraulique, canaux, séguïas et surtout la nouvelle noria, en métal, qui fonctionne en permanence, maintenant, mue par l’eau du nouveau circuit d’irrigation.

Photographie mai 2016
Patrimoine exceptionnel qu’il est de notre devoir à tous de le sauvegarder. Merci pour cet aperçu historique très intéressant
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